Au bord de la vie ou l’alchimie taoïste

lundi 8 février 2010
popularité : 45%

On pourrait de nouveau tenter de résumer Au bord de la vie par cette métaphore (mais est-ce une métaphore ?) qui est en son sein :

Une bonzesse extirpe les viscères de son corps et les dépose dans une assiette devant elle. Puis elle les pétrit.

Elle se dissèque toute seule ! (…) Elle dit qu’elle lave ses entrailles, qu’elle les vide de leur sang. Mais comment peut-elle extraire de ces viscères sanglants leur nature même ? (…) Elle dit qu’elle se lave, et même s’il n’est pas évident que ces choses-là se lavent, elle les lave quand même.

Ceci fait irrésistiblement penser à cette sorte d’alchimie intérieure prônée par les taoïstes, qui est une méditation sur le microcosme intérieur comme sur le macrocosme extérieur, dans laquelle l’adepte est invité à effectuer des « randonnées » dans son corps comme dans le cosmos tout entier. Il n’y a plus de dedans, plus de dehors. Il y a la réalité partagée d’un monde intermédiaire et paradoxal. L’auteur et l’acteur, et l’acteur incarnant l’auteur, sont des êtres retournés, comme un gant à l’envers : l’intérieur de leur cerveau est l’ espace de la scène, comme la bonzesse qui lave ses entrailles, et c’est pourquoi le plateau du théâtre peut devenir alors comme une « danse » des influx nerveux, des pensées, et des sensations.

Le texte peut ainsi passer, sans aucune logique rationnelle, mais dans une profonde cohérence organique, de l’imaginaire au réel, des récriminations banales d’une femme abandonnée et jalouse à des envolées proprement mystiques, des fantasmes sexuels à l’extase mystique, des considérations psychologiques à des cauchemars terrifiants…

Ainsi l’on comprend mieux pourquoi Gao Xingjian écrit en préface à la pièce, parmi quelques autres Propositions de l’auteur pour la mise en scène :

La pièce est la fois tragédie, comédie et farce, sans exclure l’acrobatie, la danse et la prestidigitation.

Il y a là la contradiction, l’ubiquité, la polymorphie mais aussi l’unicité et la simplicité jaillissante de la vie …tout simplement.


Navigation

Articles de la rubrique

Annonces

Le Château des Clandestins au théâtre EL DUENDE

TROIS REPRÉSENTATIONS EXCEPTIONNELLES SERONT DONNÉES LES 8-14 ET 15 FÉVRIER AU THÉÂTRE "EL DUENDE" A IVRY.

"Le Château des Clandestins" est un théâtre fou, brutal, joyeusement provocateur… (Télérama)

"Malavia livre dans cette pièce une très belle performance de comédien" (Les trois coups)

"Le choix de mise en scène apporte certes une part de dérision, mais donne étrangement plus de force et de dynamisme à une interprétation à la fois rythmée, drôle et touchante" (L’Intermède)

Métro Mairie d’Ivry (ligne 7)

Réservation 01 46 71 52 29
site du théâtre